Plan creux

Hier, je me suis jetée dans le sexe comme on se jette à l’eau. Pour oublier de pleurer et inventer du beau. Et lui? À la réflexion, beaucoup sonnait faux. Trop pressant, trop souriant. Respectueux mais indifférent. L’égocentrisme anodin du mâle triomphant.

Face à lui, j’ai baisé comme j’ai appris, en bonne élève appliquée, donnant le change en essayant d’enfouir les sensations, les odeurs, les mots qui me rebutaient.

Oh rien de grave, j’ai tout consenti, je suis une grande fille et je reconnais les gars réglo.

J’ai aimé déboutonner sa chemise -un mec en costard, une éternité que je n’en avais pas croisé. J’ai aimé jouer dans son regard gris-vert et sourire avec effronterie. J’ai aimé sa manière de diriger ma tête, de placer ses doigts et de ne pas me lâcher. J’ai aimé ses mots -au début. Après, ils m’ont gênée. Confrontée à cette zone grise qui devient marécage si on ne l’a pas assez balisée.

Ça sonnait faux, je vous dis. Ça sonnait faux et je crois que même lui, le gars qui voulait me tirer, l’a senti. Ou c’était moi?

Ça sonnait faux parce que je n’avais pas vraiment envie de lui. Juste envie de sexe, c’est ainsi. Alors, j’ai expérimenté. Alors, j’ai appris. La chair est triste quand elle n’a pas d’émois, pas de profondeur, pas de lien même balbutiant à faire vibrer. La chair est triste quand ils me touchent sans me toucher, quand je les rencontre sans les rencontrer.

Je pensais aimer le sexe pour le sexe, en tout temps, en tout lieu. J’avais oublié la part cachée. Celle qui précède et sublime la mécanique des corps, des muscles et des souffles. Celle qui donne à rêver avant de jouir. Celle que révèle un frisson, un creux au ventre, un coup au cœur. Pas juste un sexe mouillé ou une verge dressée.

Hier, je me suis jetée dans le sexe comme on se jette à l’eau. J’en suis ressortie souriante, polie, un peu écœurée. Je voulais me laver la tête en même temps que le corps , je me suis sentie salie. Rien de grave. Juste l’expérience brouillonne, volontaire et un peu sonnée du sexe médiocre. Celui qui procède de deux êtres trop enfouis en eux, trop pressés, trop méticuleux, au lieu de jaillir joyeux, léger et chantant, de cette drôle de complicité que l’on nomme tantôt hasard, tantôt évidence, tantôt sentiments.

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