Une image

Me revient une image. C’est moi qui suis au centre mais c’est moi qui me regarde, aussi. Ça m’arrive tout le temps, dans la vie. Alors bien sûr, pendant le sexe aussi. Me revient une image. Appuyée sur la tablette de la chambre drapée de tapisseries anciennes, cet espace si petit et si vaste à la fois, comme nous à ce moment-là.

La fenêtre haute, étroite, donnant sur la placette en contre-bas, l’austère église en brique rouge qui sonnera les heures pendant qu’il me baisera. Me revient une image. Mes coudes posés là, mes fesses enserrant sa queue, lui derrière moi, assis sur le lit – petite et vaste la chambre, je vous ai dit- une main sur mes reins, l’autre sur ma nuque, dans ce geste de possession si caractéristique où ils ne possèdent jamais rien. Me reviennent ses mots « vas y, empale toi », et mes mouvements et mon cul qui glisse et son sexe droit. Me revient cette image et sa voix et l’église et nos visages qui ne se regardaient pas.

Une heure plus tôt, je n’avais jamais entendu sa voix. Trente minutes avant, je n’avais jamais goûté sa peau. Me revient cette image et soudain la tristesse au ventre, l’église qui sonne le sexe qui prend et les larmes à repousser, et les mots à éviter. Mais les mots surgissent dans ma tête sans y être invités, c’est toujours comme ça dans la vie, alors bien sûr, pendant le sexe aussi.

« Je ne devrais pas être là. Pas avec lui. Ce n’est pas avec lui, que je ne connais pas, que je ne connais que depuis une heure et que je ne reverrai jamais, qui a juste envie de baiser et ne sait rien de moi, ce n’est pas avec lui que je devrais être en train d’arracher mon plaisir, d’ouvrir ma chair pour brouiller mon esprit, de faire bander un sexe pour apaiser le mien. »

Ce n’est pas avec lui mais c’est avec lui ce soir, dans la chambre petite et vaste, c’est avec lui qui connaît mal mon corps et ignore qui je suis, avec lui qui aime mes seins et mon cul et le dit. C’est avec lui qui, comme moi ce soir n’a qu’une envie : baiser, jouir, haleter, soumettre, partir loin, exploser, faire taire les doutes et les mots qui tournent, et rompre le corps, une fois pour toutes.

Et pendant que ma main griffait la tapisserie, que la sienne agrippait ma nuque et que l’église sonnait huit coups, sans le regarder, j’ai joui.

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