A mes côtés

Parfois je me sais brouillonne, injuste, emportée, colère. Je tords le lien et lui jette à la figure sa présence, sa constance et sa candeur. J’aurais envie qu’il souffre, ou plutôt de m’en foutre, de tout effacer et de recommencer la page blanche, légère, vide d’histoire et emplie des possibles. À cet endroit je suis comme l’enfant qui teste le lien avec son parent, irascible, mordante, étouffée. À cet endroit il n’y a pas de place pour lui, juste pour mes blessures et mes fuites.

Et puis parfois, un peu calmée, apaisée enfin des grands tourbillons dont je ne sais jamais s’ils m’épuisent ou me comblent, je le laisse me manquer. Je le laisse m’émouvoir. Je le laisse me toucher. Je le laisse m’aimer. Je me laisse l’aimer.

Je l’aime pour ce qu’il est, mais aussi pour ce qu’il n’est pas. Pour ce que je vois, et ce que je ne vois pas. Pour ses élans qui m’impressionnent, et ses empêchements qui me peinent. Pour ses silences trop nombreux et les mots dont il les peuple peu à peu. Pour ses sourires et pour ses larmes, pour ses désarrois et ses certitudes, même si elles me blessent, parfois. Pour l’enfant qu’il m’a fait, pour celui qu’il ne m’a pas fait.

Pour le père indéfectible, pour l’homme aimant, pour l’enfant qui ne pouvait parler. Pour celui qu’il est aujourd’hui, et pour celui qu’il ose devenir. Avec ou sans moi. Pour ce chemin qu’il dessine à côté du mien, différent, similaire, en miroir. La petite fille sage, le petit garçon muet. Ames empêchées, enfermées, repliées, ployant sous des fidélités qui nous dépassaient. En lui aussi, il y a un endroit à déployer.

Je l’aime pour sa délicatesse, pour son intelligence, pour sa tendresse, pour sa présence, pour ses fragilités, pour son regard qui s’allume quand il me voit et qui se brouille quand il le pose sur son fils et sa fille, pour ses mains qui tournoient en l’air quand il débat avec passion ou qui attrapent sur mes fesses pour les caresser.

Je l’aime pour l’épaisseur du temps entre nous et les soubresauts du quotidien, pour le calme et les tempêtes, pour les moments où il me lâche la main et ceux où il me console. Je l’aime pour la liberté qu’il me permet, qu’il m’aime assez pour accepter, qu’il observe, amusé ou inquiet. Je l’aime de me surprendre, de me comprendre, de ne jamais m’interdire. Je l’aime pour ce courage qu’il a de voir non qui j’étais, mais qui je deviens. De  m’accompagner vers moi-même, sans savoir qui je suis. Ou si?

Je l’aime pour le couple unique que nous construisons ensemble, pour la part de lui qui s’est déposée en moi et qui continue de grandir. Je l’aime de m’aimer au présent, de m’y ramener, de m’y ancrer, de m’avoir appris à m’asseoir dans un café et à lire des histoires, de m’avoir murmuré les mots où me blottir, et ceux pour m’aider à m’envoler. Je l’aime de me ramener au rivage au milieu des tempêtes, ou de me regarder m’y jeter, silhouette solide sur la grève, parce qu’il a choisi de prendre ce risque-là, le plus difficile, le plus fragile, le plus vrai : être celui qui marche à mes côtés.

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