Abîmes

Ce week-end, elle est dans une ville que je connais bien. Une ville parfaite pour déambuler à deux. Mais elle n’est pas avec lui. Je me demande s’il le sait. Je me demande ce que ça lui fait. Je me demande si elle pense à lui comme j’ai pensé à mes amants, dans cette ville.

Ce matin, elle s’est réveillée dans les bras d’un autre et dans le grand soleil d’automne. Elle se dit que c’est bien, aussi. Agréable. Ça n’est pas pareil, bien sûr. Elle essaie d’avancer. Elle déteste l’ombre projetée du passé sur le présent qu’elle essaie d’habiter.

Je me demande si, comme moi, elle imagine à s’en faire mal. Le goût de ses lèvres, la force de ses mains, la tiédeur de sa peau. Je me demande si cette tension là est aussi douloureuse. Plus, peut-être. Parce qu’elle l’a vécu, souvent, longtemps. Trop?

Ce matin, dans le grand lit tiède, elle se tourne vers l’autre : « Fais-moi l’amour. Encore. »

*

En ce moment, elle s’évade chaque week-end. Sur un coup de tête. En train, en voiture.

« Profite, tu n’as pas d’attaches! » lui disent-ils, un peu envieux. Elle sourit sans répondre. Elle aimerait connaître ces liens-là, aussi.

Pendant ce temps, moi, je sais où il était. Je sais ce qu’il fêtait. Le quotidien est parfois cruel. Et elle, le savait-elle? Est-ce pour cela qu’elle a eu besoin de partir loin, de mettre de la distance entre eux comme il en met tellement, ces derniers temps?

*
Je me demande si c’est cela, qu’il lui dit. Si ses mots pour moi résonnent avec ceux qu’il lui oppose. S’il a conscience des reflets, des répétitions. Si je ne suis ici que pour faire résonner, une fois de plus, l’écho de ses propres contradictions.

Ils restent, encore et toujours, les personnages qui me fascinent. Leurs routes et leurs déroutes. Les questionnements dans lesquels ils se débattent. Les murs auxquels ils se heurtent. Les fulgurances qui les saisissent. L’évidence du lien. L’impossibilité du lien.

Les abandonner là, accepter d’éteindre le projecteur que je braque sur eux depuis des mois, ce serait comme renoncer à une part de moi. Je ne peux pas. Pas encore.

Et puis, ils me rassurent. En disséquant leurs états d’âmes, à travers l’œilleton de leurs intimes inquiétudes, en me regardant dans le miroir sans tain de leur relation trouble, je peux croire, encore un peu, à la possibilité de ma propre rédemption.

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