Étoiles manquantes

Il y a eu sa bouche, d’abord. Cela, je connaissais. J’ai pensé : c’est doux et fragile comme la bouche des femmes que j’ai déjà goûtées.

Mais je ne savais pas.

J’ai mis des années à comprendre la puissance des femmes, à ne plus en avoir peur. Au lit, ces craintes reviennent, me renvoyant à ma propre image. Vieux schémas hétéros, pas glorieux, qui me font penser : et là, suis-je trop masculine? Comment révéler cette puissance sans la blesser, sans me blesser? Comment aller plus loin, oser ces gestes, ces mots-là?

Je ne sais pas.

Mes réflexes sont ceux que je maîtrise avec les hommes. Mes ongles caressants dans son dos encore habillé. Ma langue dans son cou, au bas de son oreille. Mes mains sur ses fesses et ses hanches, assurées, désirantes. Elle aime, elle me le dit.

Échanges précieux dans cet univers nouveau, mouvant, trop réfléchi encore.

Elle sait. Elle m’aide à ne plus penser, à revenir au corps, aux sens. Elle a trouvé mes seins et je chavire déjà. Je suis maladroite, elle est conquérante. Qu’être, face à une femme?

Je ne sais pas.

Et puis, il y a eu son corps nu, mon poids contre sa peau, et le creux soudain au ventre quand j’ai saisi les deux globes pâles, entendu un frisson. L’univers basculait.

*

Ce cadeau-là, dans ses regards, ses gestes et ses mots. Ce qu’elle lit et dit de mon corps. Et comme cela touche loin, fait résonner l’âme, m’émeut aux larmes. Répare jusqu’aux blessures que j’ai cru oublier.

Me dire enfin, peau contre peau, souffles langues, frissons tièdes, à quel point je suis là, aussi. Dans ce corps et ses marques et ses replis et ses imperfections. Dans cette réalité nue, allongée dans la lumière crue, avec ses doigts dans mon sexe, ses cheveux défaits sur ses épaules pâles, ce corps de femme que j’ai peur de blesser comme si c’était moi que je protégeais.

Dans ses yeux doux et assurés, langue alanguie au coin des lèvres, et ses mots d’évidence : « Je regarde, parce qu’aucune vulve n’est semblable à une autre. Je veux savoir ce que tu aimes. »

Ce soir-là, je n’ai pas su dire tout ce qui m’avait été donné. Ou plutôt rendu. Une parcelle, encore, de mon humanité. Et au moment de jouir, dans mon cri, dans ses sursauts frissonnants, dans nos redditions parallèles, j’ai compris que le miroir était de nouveau entier. Les fragments de vie, recomposés.

J’ai joui.

J’ai fait jouir une femme.

Et au creux du ventre, à la nuit, au grand jour, aux étoiles manquantes et à celles à venir : me voilà.

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